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Céréales : l’Ukraine est l’objet de toutes les convoitises

Pour certains, le drapeau ukrainien représente un champ de blé (le jaune) et le ciel (le bleu), symbole d'un pays majeur sur le marché des céréales.

Malgré la guerre, l’Ukraine a su résister pour rester une puissance agricole à l’échelle mondiale. Si son intégration dans l’Union européenne pose un dilemme au Vieux Continent, les États-Unis, la Chine et les Brics + comptent sur Kiev pour étendre leur sphère d’influence et assurer leurs approvisionnements, selon le Club Déméter.

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Si le sort de l’Ukraine reste toujours aussi incertain, « l’ignorer, c’est ignorer l’avenir ». C’est le message porté par les experts du Club Déméter qui présentaient à la presse ce mercredi 18 février 2026, leur ouvrage annuel consacré aux relations internationales agricoles et alimentaires.

Tout comme la République démocratique du Congo, le Brésil, l’Indonésie, la Turquie et l’Australie, l’Ukraine fait partie de ces « États pivots » — les « Cubita » en abrégé selon le terme inventé par le Club Déméter — dont la trajectoire aura un impact sur la sécurité alimentaire mondiale. « S’ils dérapent, ils seront des multiplicateurs de risques ou d’instabilités. S’ils tiennent, politiquement et climatiquement, ils deviennent des amortisseurs planétaires », estime Sébastien Abis, directeur de l’ouvrage.

Un géant agricole qui résiste

Avec un pays devenu un terrain de guerre, l’agriculture ukrainienne résiste malgré les défis liés à la fourniture en carburant, en intrants, aux coupures de courant, aux moyens humains, aux parcelles de terre minées et occupées. Représentant « entre 10 et 15 % du PIB selon les années », le secteur agricole est devenu le secteur économique qui « maintient le pays à flot », observe le Club Déméter.

« La résilience des producteurs locaux permet à l’Ukraine de conserver des volumes de production proches de ceux des années précédentes le conflit », écrit Arthur Portier, consultant senior chez Argus Media France et agriculteur, dans le chapitre consacré à l’Ukraine dans cet ouvrage référence. La moyenne de 2015 à 2021 des productions cumulées de blé, tournesol, colza, maïs et orge s’élève à 85 millions de tonnes. En 2023, ce chiffre était de 82 millions de tonnes et de 73 millions de tonnes en 2024.

L’ouvrage salue la « prouesse logistique » du pays qui a permis à l’Ukraine d’exporter 35 millions de tonnes de céréales en 2024. à titre de comparaison, la France a exporté près de 30 millions de tonnes de céréales sur la campagne de 2023-2024, selon Intercéréales. Face au blocage des ports de la mer Noire bordant la Russie, la Géorgie, la Turquie, la Bulgarie et la Roumanie, et les routes coupées, l’Ukraine a su s’adapter.

À compter de 2022, le pays a peu à peu décongestionné le port d’Odessa sur la mer Noire en transformant le Danube en « autoroute commerciale ». L’Ukraine a su également s’appuyer sur la suspension temporaire de droits de douane de la part de l’Union européenne pour exporter ses grains à travers l’Europe.

États-Unis, Chine et Brics + lorgnent l’Ukraine

Si l’Ukraine reste assurément une puissance agricole, sa place sur l’échiquier géopolitique interroge. Le club Déméter décrit le pays comme un « terrain de jeu des grandes puissances » où s’affrontent des intérêts divergents.

Les États-Unis voient en Kiev un « allié stratégique » indispensable dans leur bras de fer avec la Chine tout en lorgnant sur ses ressources enfouies dans son sous-sol comme le titane et le lithium.

La Chine, de son côté, doit relever le défi quotidien de nourrir plus de 1,4 milliard de personnes. Et Pékin perçoit toujours l’Ukraine comme « son futur jardin agricole ».

Quant aux « Brics + » (Brésil, Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud, et depuis deux ans, l’Égypte, l’Éthiopie, les Émirats arabes unis, l’Indonésie et l’Iran), l’intégration de l’Ukraine dans ce bloc est observée avec attention. Avec Kiev, la moitié du blé mondial serait ainsi placée sous une même bannière.

Le dilemme européen

Face à ces appétits, l’Europe hésite face au « choc agricole » que représenterait l’intégration de l’Ukraine pour les Vingt-Sept. Le coût additionnel net d’une adhésion de l’Ukraine représenterait entre 16 et 19 milliards d’euros dans le budget annuel de l’Union européenne, pour une enveloppe totale de 110 à 136 milliards sur sept ans comptabilise l’ouvrage.

Son intégration pose la question de la distorsion de concurrence avec les Vingt-Sept, en particulier avec la France. « Normes, superficie des exploitations, contraintes administratives, règlementation, système social, salaire ou organisation du travail sont autant d’éléments qui différencient l’Union européenne de l’Ukraine. Ces éléments créent naturellement des écarts considérables de coûts de production, met en garde Arthur Portier. Pour l’Europe, le dilemme est clair : intégrer ce géant agricole pour renforcer sa souveraineté ou le voir basculer dans d’autres sphères d’influence. »

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